Reportage · Pilates & Brunch

Un dimanche chez COMOCO — Pilates & Brunch racontés

Un dimanche par mois, le studio se transforme. Pas en salle de cours additionnelle, pas en cours longue durée — en matinée. Voici ce qu'il s'y passe vraiment, raconté de l'intérieur, parce qu'expliquer le format en une phrase ne rend pas justice à ce qui en fait la spécificité.

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Il est 9h25 ce dimanche d'avril. La rue Daubin est encore endormie — les commerces du quartier Servette n'ouvriront pas avant 10h. Devant le 34, deux personnes attendent déjà, café à la main, sac de sport posé au sol. Dans dix minutes, elles seront douze à entrer dans le studio. Beaucoup ne se connaissent pas. À midi, elles auront pratiqué le Pilates ensemble, mangé à la même table, échangé leurs prénoms et parfois leurs numéros.

9h30 : l'arrivée

Valeria est là depuis 7h. Elle a préparé la salle — tapis disposés en cercle plutôt qu'en lignes (c'est une particularité du format), petits accessoires sortis, lumière tamisée, une bougie sur le rebord de la fenêtre. La grande salle a été aérée, le chauffage doux. Dans la pièce d'à côté, la table est en cours de dressage : nappe en lin, fleurs de saison, vaisselle dépareillée soigneusement choisie.

Les participantes (au pluriel féminin parce que ce dimanche-là il n'y a que des femmes ; ce n'est pas toujours le cas) arrivent en ordre dispersé. Une boisson chaude est proposée à chacune — thé, café, infusion. On prend le temps de s'asseoir, de respirer, de discuter avec les personnes à côté. Personne n'est pressé. C'est la première chose qui frappe quand on vient pour la première fois : il n'y a aucun signal d'urgence.

10h : le cours commence

Tout le monde est sur son tapis. Valeria — qui anime ce Pilates & Brunch-là, mais ce sont parfois d'autres intervenant·es invité·es selon les mois — propose un démarrage debout, en silence. Quelques pas dans la salle, conscience du contact des pieds avec le sol, ouverture du regard. Puis on s'assied en cercle, les yeux fermés, et on laisse les corps arriver.

La première demi-heure est lente. Beaucoup plus lente qu'un cours hebdomadaire classique. On travaille la respiration, la mobilité de la colonne, la conscience du transverse. Les positions sont tenues longtemps. Il y a des moments de silence où l'on n'entend que les respirations.

Le milieu du cours est plus actif. Mouvements debout, séquences au sol qui activent les chaînes profondes, exercices en duo où l'on prend appui sur l'autre — pas pour faire du couple, pour sentir la stabilité d'un corps qui en soutient un autre. Beaucoup d'élèves disent que c'est leur moment préféré du Pilates & Brunch : on quitte la pratique solo pour entrer en relation par le mouvement.

Les vingt dernières minutes sont à nouveau au sol, plus lentes, avec un travail de respiration consciente et un retour final en savasana — corps allongé, couverture tirée jusqu'au menton, yeux fermés, pendant un bon dix minutes. Personne ne parle. Personne ne bouge. C'est presque un mini-yoga nidra greffé sur la fin du Pilates.

11h35 : le passage

Quand Valeria invite à se relever, à rouler sur le côté, à se rasseoir tranquillement, il y a toujours un moment de flottement. Les visages sont détendus, les voix un peu basses, les corps encore intérieurs. C'est probablement le moment où le format se distingue le plus d'un cours classique. Au lieu de courir à la douche et de sortir avant le suivant, on prend le temps de revenir.

Les participantes passent rapidement aux vestiaires, se changent, et reviennent dans la salle d'à côté où la table les attend. Pas de transition brusque. Pas de musique de bar. Juste le bruit des chaises qu'on tire, des prénoms qu'on échange.

11h45 : le brunch

Ce dimanche d'avril, le brunch est printanier. Pain de la boulangerie Chez Gilles, en bas de la rue. Confiture maison à la rhubarbe (saison oblige). Œufs brouillés sur lit d'épinards frais. Granola maison avec yaourts du marché. Jus de fruits pressés, thé, café. Tout est végétarien, comme toujours, et les options vegan sont identifiées par un petit carton en bois.

Personne n'est gêné·e de demander la recette. Quelqu'un s'exclame que le granola est meilleur qu'à la maison. Une participante, qui découvre le format, pose des questions sur le Pilates régulier — est-ce que c'est cette ambiance, est-ce qu'il y a un cours pour les très débutants, est-ce qu'on peut venir le soir aussi. Une autre, plus ancienne, raconte qu'elle vient au Pilates & Brunch chaque mois depuis un an et demi.

Ce qui frappe, autour de la table, c'est la diversité d'âges et de profils. Aux deux côtés de Valeria, ce dimanche : une retraitée du Petit-Saconnex, une jeune mère qui a déposé son bébé chez sa sœur, une employée d'ONG, une étudiante en psychologie, une thérapeute, une informaticienne en télétravail, une voisine du studio qui passait par hasard la semaine dernière. Aucune ne se ressemble. Toutes sont à leur place.

12h45 : la dispersion

Le brunch s'étire. Personne ne pousse au départ. Quand les gens commencent à se lever, c'est parce que la prochaine partie de leur journée les rappelle — un déjeuner familial, une promenade au parc Geisendorf, un train pour Lausanne. Les adresses Instagram s'échangent. Quelques participantes se promettent de se croiser au prochain cours hebdomadaire.

À 13h, la salle est vide. Valeria et son aide débarrassent la table, lavent la vaisselle, replient la nappe. Elle dit, à chaque fin de Pilates & Brunch, la même chose : « C'est ce moment-là qui me rappelle pourquoi j'ai construit COMOCO. »

Ce qu'il y a derrière le format

Le Pilates & Brunch n'est pas un coup marketing. Il existe parce que Valeria, en construisant le studio, voulait un format qui réunisse trois choses qui manquent à beaucoup de gens : du mouvement conscient, du temps long, et de la rencontre. Un cours de 60 minutes ne donne pas ce temps. Un repas seul ne donne pas le mouvement. Un événement social ne donne pas la qualité de pratique.

Le format dépanne aussi quelque chose de plus subtil : l'isolement de la pratique sportive moderne. On va à la salle, on met ses écouteurs, on fait son truc, on rentre chez soi. On ne parle à personne. Le Pilates & Brunch fait le contraire — il replace la pratique dans un tissu social. Sans la transformer en rendez-vous mondain. Sans poser d'injonction à devenir ami·es.

Si tu veux essayer, regarde le planning— la prochaine date y apparaît. Les places ouvrent 30 jours avant l'événement, et partent souvent vite. Réserve tôt si une date te parle. Toutes les informations pratiques se trouvent sur la page Pilates & Brunch.